Comprendre pour apprendre

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Dans la suite de la réflexion engagée l’année passée sur les compétences incontournables dans les programmes, réflexion étayée par l’apport des neuro - sciences, nous avons consacré un temps de réflexion le jeudi 4 octobre après-midi sur les conditions à réunir pour une apprentissage réussi.

Invités : Patrice Baudevin (IA-IPR SVT), Valérie Frydmann (IA-IPR lettres)

Objet : travail sur les compétences en compréhension et l’apprentissage (« apprendre, oui mais comment ? »)

  • la mémorisation
  • le travail de reprise
  • la mobilisation et la motivation des élèves

Les préalables à l’apprentissage et à la mémorisation sont la compréhension des textes et documents supports donnés aux élèves. Il s’agit de lire, suffisamment vite, pour parvenir à construire le sens ; pour l’enseignant on remarque que les programmes de 2016 mentionnaient l’enseignement explicite de la compréhension de l’écrit. Il faut donc être très au point sur ce que signifie enseigner la compréhension, notamment celle de l’écrit. En montrant des productions d’élèves, quelques éléments peuvent être mis en lumière. Ce faisant, il faut conserver à l’esprit que si les textes littéraires sont l’objet d’une grande attention sur la compréhension, c’est rarement transféré à d’autres disciplines que les lettres.

On n’a jamais fini d’apprendre à lire, à écrire et à comprendre ; c’est la première fois que c’est mentionné dans des IO depuis 1975. En l’espèce, 40% sont des lecteurs experts mais les progrès des autres élèves ne sauraient reposer uniquement sur les efforts des collègues de lettres.

Exemple n°1 : 

Un texte donné à des élèves [test lecture silencieuse INETOP 1981 Aubret et Blanchard]

Ce matin, nous avons accueilli dans la classe pour la première fois, un camarade italien. François l’a fait asseoir à côté de lui et lui a demandé son nom. Avec une petite courbette qui nous a tous fait rire, le nouveau a dit, souriant à toute la classe : « Angelo ». Il connaît mal notre langue car il n’est en France que depuis une semaine. Il comprend les explications du maître et peut parfois faire les problèmes, mais il est incapable de suivre la dictée. Il semble avoir très bon caractère et rit avec nous de bon cœur des fautes qu’il fait en parlant. Il chante très bien et nous a promis de nous apporter demain les photos de son pays dont il a décoré sa chambre.

Questions :

  • Comment s’appelle le nouveau camarade ? Il s’appelle François (faux, c’est Angelo)
  • Depuis quand suit-il cette classe ? Depuis une semaine (faux, depuis une journée)
  • Quel est l’exercice le plus difficile pour lui en classe ? C’est les problèmes (faux, c’est la dictée)
  • En quoi est-il bon ? Il est très bon en « caractère » (faux, c’est le chant)

Analyse des erreurs : 

  • le lecteur précaire ne comprend pas tout le texte
  • il ne remarque pas la ponctuation (indice fin de la langue)
  • il ne remarque pas la majuscule, ni les guillemets
  • olivier Houdé (Paris Descartes) explique qu’apprendre c’est surtout désapprendre un automatisme pour acquérir une heuristique. Si la fiabilité des solutions heuristiques reste faible statistiquement, elles sont peu coûteuses en efforts pour les enfants.

Préconisations :

  • Amener l’élève, par une évaluation par compétences à ne pas se désespérer.
  • Éviter le binôme « lecture — questions » et passer du questionnaire au questionnement.
  • Focaliser l’attention
  • Ne pas révolutionner son enseignement ; mobiliser divers degrés d’exigences

Exemple n°2 : 
Voici un tableau qui contient le nom des maladies contre lesquelles on vaccine en France habituellement.

||Dès le 1er mois|À partir de 2 mois|À partir de 12 mois|Entre 16 et 18 mois|Entre 3 et 6 ans|Entre 11 et 13 ans|Entre 16 et 18 ans||
|Tuberculose|DTPC
Rougeole

Oreillons1er rappel

DTPC2e rappel 

DTPC

Tuberculose3e rappel

DTPC4e rappel 

DTPC

Leila a 10 mois. Cite toutes les maladies contre lesquelles elle a été vaccinée depuis sa naissance.

Laura a 14 ans. Combien de fois a-t-elle été vaccinée contre le tétanos ?

Boris a 12 ans. A-t-il eu son deuxième rappel contre la polio ?

Analyse de la tâche proposée : 

  • les stratégie de prélèvement habituels ne fonctionne pas (pas d’info explicite)
  • il faut traiter les informations avant de répondre (par exemple, ici, ce n’es pas un tableau à double entrées)

Exemple 3

Comprendre un énoncé mathématique

Les deux parents de Karim l’amènent au cinéma avec ses deux petites sœurs. Durant la séance, on y présente deux films : un petit documentaire de 15 minutes et un film d’aventures. A l’entrée, on demande 4,60 € par enfant et 6,90 par adulte.

Analyse de la tâche proposée : 

  • la totalité des données n’est pas explicite mais fait appel à des procédures (ici le calcul) qu’il convient de convoquer

Exemple 4
Le chat Tibère
À plat ventre sur la plus grosse branche du tilleul, Colin, immobile comme un chasseur à l’affût, observe le manège du chat Tibère.
Tapi sous un banc de l’allée où les miettes de pains font le régal des moineaux, Tibère attend patiemment que ceux-ci s’approchent suffisamment de lui pour bondir sur la proie qu’il convoite.

Analyse des difficultés

  • à l’ « affût » mot difficile
  • « le manège du chat » expression au sens figuré
  • informations implicites les inférences sont difficiles à trouver

Préconisations :

  • Le processus pré-existe au vocabulaire mobilisé qui constitue donc « moins » un frein que le schéma de pensée.
  • Le prof de lettres n’est pas le mieux placé pour apprendre aux élèves à comprendre un énoncé mathématique.
  • Ne pas trop vouloir aider l’élève mais le laisser aux commandes de la construction de son savoir, seul ou avec l’aide de ses pairs.
  • Mettre en place de la collaboration / de la coopération, petit à petit
  • Amener les élèves à préciser la nature et la définition des implicites
  • Prélever ce qui est écrit ; mettre en relation des informations explicites et des informations implicites

Stratégies à faire maîtriser aux élèves :

  • prélever les informations explicites
  • relier les informations données dans le texte
  • relier les informations données à des connaissances extérieures pré-existantes

Comment y parvenir :

  • demander de faire justifier les réponses
  • faire questionner les réponses par les pairs
  • institutionnaliser le « savoir savant » et la « bonne réponse » assortie du bon processus mental