Comment éviter le décrochage précoce de lecture ?

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 Principes théoriques

  • Penser tout apprentissage dans une démarche spiralaire comprenant trois temps :
    • faciliter l’entrée dans l’activité (découvrir, situer…),
    • faire vivre l’activité (apprendre à comprendre…),
    • faire ressortir le bénéfice de l’activité (progresser, prendre conscience, analyser…).
  • Partir des connaissances préalables, faire travailler l’élève dans sa zone proximale de développement : rendre l’activité accessible, susciter l’intérêt, la curiosité.
  • Faire évoluer la représentation des élèves face à la lecture (ce n’est pas une suite de mots qu’on lit), ce qui implique de trouver un bon rapport entre CONNU et INCONNU, de l’ordre de 80-20 %, pour que les élèves ne décrochent pas. Il faut tenir compte du fait que ce rapport n’est pas le même pour tous. Certains élèves peuvent décrocher s’ils ne comprennent que des bribes, car alors le texte ne fait pas sens.
  • Donner sens à la lecture en développant des pratiques coopératives.

 Préconisations

  • Il ne s’agit pas de proposer une individualisation à outrance en donnant un texte adapté à chaque élève. Toutefois, il faut veiller à ce que certains élèves ne soient pas systématiquement confrontés à des activités de lecture qui leur sont inaccessibles et il convient de penser l’étayage pour les élèves qui n’auraient pas atteint les 80 % des mots connus du document proposé. Prévoir, pour un travail commun sur un même texte ou document, un étayage adapté en fonction des élèves :
  • Assurer l’appropriation des mots pouvant faire obstacle en amont de la séance ; éviter d’avoir à les travailler dans l’instant, travailler la reformulation, alterner lire/raconter ou expliciter/lire, favoriser les interactions entre élèves au moment de la découverte du texte.
  • Organiser les aides dans la classe (action particulière à l’égard de certains élèves dès qu’apparaissent des signes de fragilité).
  • Intervenir avant les temps collectifs (raconter ou résumer les grandes lignes du récit qui sera lu en classe et dont on doit s’assurer que celui-ci est compris).
  • Reprendre et poursuivre les enseignements engagés précédemment, même si la programmation ne les prévoit plus, notamment l’apprentissage de connaissances abordées antérieurement qui demeurent incontournables aujourd’hui et qui se révèlent toujours non maîtrisées par certains élèves.
  • Clarifier l’activité intellectuelle demandée à l’élève (lui préciser ce qui est visé au travers de la tâche).
  • Aider les élèves à construire la compréhension de groupes de mots et de phrases, les aider à construire une représentation mentale de l’ensemble du texte.
  • Partir des mots connus pour s’approprier les mots inconnus. Passer du thème au propos : de qui ou de quoi parle le texte ? (thème) à qu’en dit-il ? (propos).
  • Prévoir, pour certains élèves, une courte pause entre la consigne et l’activité.
  • Faire reformuler la consigne, demander des éclaircissements permet de s’assurer que les élèves qui en ont besoin ont compris la tâche à effectuer.
  • Stabiliser le déroulement des tâches en les présentant selon des rituels reconnus.
  • Réduire momentanément la part d’inconnu en limitant le nombre d’objectifs d’une même tâche, c’est-à-dire se doter de priorités.
  • Proposer des activités de lecture dans tous les champs disciplinaires afin de tirer profit de la diversité des centres d’intérêt des élèves (par exemple, un élève qui a du plaisir en arts plastiques acceptera volontiers de lire la biographie d’un peintre même si celle-ci est un peu consistante).

 Un exemple pratique

  • Exemple de pratiques coopératives en lecture : sur un thème donné, deux documents A et B sont distribués.
    • 1. Constitution de binômes. Dans chaque binôme auto-désignation d’un lecteur A et d’un lecteur B.
    • 2. De façon indépendante chaque lecteur procède à la lecture attentive de son texte (A ou B). Il peut prendre des notes. À la fin de cette phase, les documents ne seront plus utilisés (10 minutes).
    • 3. Transmission des informations : au sein de chaque binôme, chacun renseigne l’autre sur le contenu de son document. Chacun est donc “expert” auprès de son binôme (15 minutes).
    • 4. Confrontation des compréhensions. Les lecteurs A se regroupent et confrontent leur compréhension du document B (celui qu’ils n’ont pas lu). Les lecteurs B font de même (15 minutes).
    • 5. Synthèse (5 minutes). Chaque groupe A réalise une affiche qui synthétise le document B et de même pour le groupe B.
    • 6. “Vernissage” (15 minutes) : les affiches sont exposées. L’enseignant modifie les éléments trouvés si besoin est, les synthétise, répond aux questions, poursuit les apports. En fin de séance les documents A et B sont redistribués.

Ce type de pratique permet à chacun de s’investir avec plaisir dans un partage de connaissances. Même si l’élève ne lit pas bien, il arrive à avoir une position d’expert, de savant, car il a acquis un savoir que l’autre groupe n’a pas.